A la question de l’utilité de la littérature, comme à celle que certains se  posent encore de la nécessité de l’art, je ne saurai répondre sans lieu commun. Mais bien au delà de la jubilation certaine qu’apporte un bon roman à la construction bien conçue, sur ce squelette donc, il me semble que doit se poser la chair. C’est cette matière qui donne le vivant et nous rapproche de ce qui est humain ou ne l'est pas dans nos actes de chaque jour. Le romancier propose par la plume l’édification d’un miroir de nos sociétés, miroir posé devant la fenêtre de nos certitudes et que nous oublions tant de fois d’observer. C’est ce miroir tout autant face à moi que reflétant nos sociétés post modernes que je m’attache modestement à décrire. Je sais… Ce n’est pas tâche aisée mais l’essentiel n’est-il pas d’en avoir conscience ? Bonne visite sur ces pages !


                         Actualité: Parution de MONTANA en avril 2018

                                     (Un extrait du prologue ci-dessous)



                                                            Prologue

       Dans mon enfance, j’ai eu pour institutrice une vieille toulonnaise d’une très grande érudition. Formée à l’ancienne mode, au latin et au grec, elle se passionnait aussi pour l’histoire ancienne. Elle soutenait que notre ville était un modèle d’esthétique pouvant servir de décor aux récits mythologiques. Peut-être même, disait-elle, Ulysse y avait-il abordé. En grandissant, je me suis rangé à sa position. Le Faron, cette montagne puissante qui domine Toulon et la mer, est devenu une sorte d’ami, silencieux et magique. Je ne connais pas de point de vue sur la ville qui puisse m’apporter une telle sérénité. J’en sais, certes, une infinité d’autres mais c’est toujours ici, tel le chien à sa niche, que je reviens. Depuis la corniche, une fois ma voiture garée sur le terre-plein, un bonheur serein s’empare de moi malgré le bruit des véhicules sur l’asphalte. Les jours de pluie, je n’y trouve pas moins de satisfaction. Les paysages, terrestre et marin, s’ouvrent sous mes yeux, m’apportant un bonus de nuances du gris au pourpre traversant la barrière factice des nuages. Même s’il fait nuit, je peux continuer à voir le paysage : les toits de Saint Jean vers l’est jusqu’aux tours Sainte-Catherine, la Basse Ville qui tourne le dos aux beaux immeubles du boulevard de Strasbourg et les quartiers ouest sous la barre du Baù. Enfin la rade, immense et magnifique, s’enfuyant doucement jusqu’à constater qu’elle est prisonnière de La Seyne, de ses chantiers navals puis de Saint-Mandrier et de sa presqu’île. Le dos appuyé au Faron, Toulon ouvre ses jambes impudiques sur le large, sur son port, dans cette attitude putassière qu’elle a faite sienne depuis des siècles, se donnant à la mer, à ses bateaux et à leurs marins.
Ce soir-là, le mistral d’octobre mourant avait lavé le ciel, un air transparent et froid figeait la ville frissonnante, ensommeillée. Avachi sur le siège défoncé de ma Méhari, je stationnais depuis un long moment. Il était autour de vingt heures et je sentais, pliée dans la poche intérieure de ma veste, la photo que j’avais décrochée du mur d’un bureau des chantiers de La Seyne. Elle me confirmait que les cons et les morts ont en commun de ne pas connaître leur état. J’appartenais visiblement à la première catégorie. J’en étais même un des leaders. Pour un policier, résoudre une affaire est le plus souvent un moment d’intense satisfaction. Parfois, pourtant, une lourde tristesse s’empare de lui jusqu’à le faire douter de la passion qui l’animait. À ce moment-là, c’était le cas.
J’ai redémarré et suis rentré chez moi, à La Loubière. J’ai ouvert le portillon du jardinet et salué d’un geste de la main Marcel, enfermé dans sa véranda comme dans un bocal, occupé à siroter son soixantième « jaune » de la journée. J’ai franchi le seuil de ma maison sans attendre de réponse ni d’invitation. Pendant de longues minutes, je suis resté debout, immobile au milieu du salon, partagé entre une colère sourde et un désappointement sans bornes. Je ne suis pas un grand buveur comme Marcel, mais je sentais bien que seul un vieux Led Zeppelin et un grand verre de bourbon pourraient avoir raison de ma foutue nostalgie. De mon immense désarroi. J’ai ouvert l’armoire où je range avec précaution ma musique des années soixante-dix. J’ai rapidement récupéré le 33 tours que je cherchais et je l’ai posé sur ma vieille platine Akai. Puis j’ai envoyé le son au maximum. La guitare de Jimmy Page me traversait la tête et l’alcool faisait le même voyage. Je me suis laissé choir sur mon sofa défoncé. J’ai alors aperçu, traînant au milieu d’une pile de vieux Midi Olympique froissés, le cahier que j’avais acheté lorsque je préparais mon permis bateau. J’ai arraché les deux premières pages où étaient médiocrement notés des pense-bêtes sur les bouées cardinales et j’ai pris un stylo. Certaines écoles de psychanalyse parlent de labial ou de verbalisation. Je me suis alors convaincu, peut-être emporté par le Stairway to Heaven de Led Zep, que faire le récit de cette affaire m’aiderait à tirer un trait et à classer le dossier.

               


 


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